Comprendre la peinture - Le Blog Atmosphérique

Les papiers de Picasso

L'ouvrage de Rosalind Krauss "The Picasso papers" paru en 1998 est enfin publié en langue française chez Macula .

On peut ne pas être d'accord avec la thèse que défend Krauss ( En schématisant sa pensée, Picasso ne serait d'un mystificateur, après 1914, il n'aurait fait que plagier ses petits camarades sans faire preuve de la moindre créativité), il faut néanmoins lire cet essai très érudit et très complet qui convoque psychanalyse, semiologie et linguistique pour éclairer le travail de Picasso.

Historienne de l’art, Rosalind Krauss enseigne à l’université de Columbia, à New York.

Les Papiers de Picasso - éditions MACULA

Verre et bouteille de Suze, 1912 Papiers collés, fusain et gouache sur papier
(USA) Saint Louis, Washington University of Art, Kemper Art Museum

Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?

Voici un extrait de l'ouvrage " Ecrits sur l'art de Michel Leiris" , l'écrivain se remémore sa première , ou plutôt sa deuxième rencontre avec Picasso :

" Je remontais la rue La Boétie, quand j'aperçus Picasso , marchant sur le même trottoir que moi et dans le sens opposé , en sorte que nous nous croiserions d'ici peu de secondes. Que devais-je faire ? Saluer (mais dans ce cas , j'aurais eu l'air de me prévaloir de notre précédente et si fugace entrevue , pour imposer mon souvenir au grand peintre) . Marcher les yeux fixés droit devant moi et faire comme si je ne le voyais pas ( mais j'eusse risqué alors de paraitre étrangement impoli si, par hasard , j'étais reconnu par l'intéressé). Nulle des deux solutions n'était satisfaisante et je ne trouvais donc dans un cruel embarras. J'en étais encore à peser le pour et le contre sans parvenir à un choix, quand je vis à deux pas de moi , un Picasso qui s'avançait la main tendue et me disait, comme s'il m'avait toujours connu : "Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?"..."

Leiris continue : "si je rapporte cette anecdote ... parce qu'elle me semble illustrer l'un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d'esprit , grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque et l'espèce de doute méthodique qui, l'empêchant de se mettre sur un piédestal , lui a permis de garder intacte - travers les années - sa passion de recherche"

Portrait de Michel Leiris, 28 avril 1963 IX ( entré par dation en 1996 dans les collections du Musée National D'art Moderne Centre Pompidou )

"Ecrits sur l'art" de Michel Leiris édition établie par Pierre Vilar - CNRS éditions 2011

Le cabinet des douze

Un nouvel opus de Laurent Fabius, "Le cabinet des douze", vient de paraitre aux édition Gallimard.
En sélectionnant 12 oeuvres parmi la peinture, Laurent Fabius s'essaye à un panorama de ce qui " fait la France".
Nous retrouvons Pablo Picasso au chapitre " La Guerre" avec deux oeuvres " Femme nue debout " datée de 1940 et " Le charnier" de 1945 , toutes deux conservées au MOMA à New York.
Nous échappons, pour une fois, à un Picasso vu uniquement à travers le prisme de sa vie privée et aux simplifications hâtives sur le cubisme. Au contraire, Laurent Fabius esquisse à partir du thème de la femme à sa toilette traité par Picasso dans ce grand tableau du Moma une analyse politique et nous montre que Picasso avait une vision politique des évènements historiques. De la défaite de 1940 à la découverte des camps d'extermination, la peinture de Picasso durant la période de la seconde guerre mondiale évoque le traumatisme de la guerre, les privations de l'occupation et l'horreur de la Shoah.

Le Cabinet des douze, par Laurent Fabius, Gallimard, 224 p., 85 ill., 85 euros (en librairie le 9 septembre).

Femme se coiffant, 1940 ( New York Museum of Modern Art)

Le Charnier, 1945 ( New York Museum of Modern Art)

Work in progress

Ce dessin nous fait pénétrer dans l'atelier du peintre, cette nature morte accompagnée de nombreuses mentions manuscrites semble être une étude pour un gravure.

En effet, la linogravure, technique que Picasso expérimenta longuement au cours des années 60, fait intervenir plusieurs plaques de linoléum que l'artiste doit creusé à l'aide de gouge, une couleur par plaque : ce qui signifie que Picasso doit identifier sur son dessin chaque zone coloré et retranscrire celle-ci sur une plaque . C'est la superposition de l'impression de chacune des plaques sur une seule feuille de papier qui permettra de découvrer la composition finale .
Ce dessin, issu d'un des nombreux carnets dont Picasso ne se sépara jamais, nous permet de découvrir l'étude d'une nature morte où l'artiste a déjà identifié chaque zone colorée et son emplacement : les indications de la main de Picasso montrent bien le futur travail à réaliser sur les plaques de linoléum .

Nature morte, 26 avril 1962 ( Collection privée)