Le Blog Atmosphérique

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Nature morte à la chaise cannée (1912) au musée Picasso Paris

Le 20 octobre 2014, catégorie : Le musée Picasso de Paris.

Pablo Picasso : Nature morte à la chaise cannée, 1912. Musée Picasso Paris

Pablo Picasso : Nature morte à la chaise cannée, 1912. Musée Picasso Paris

La Nature morte à la chaise cannée est l’une des rares œuvres de Pablo Picasso restée sans prolongement direct dans l’œuvre de l’artiste, mais la technique du papier collé a ouvert la voie au dadaïsme, au surréalisme et au ready-made. L’intégration d’un morceau de toile cirée dans le cadre du tableau correspond au besoin de revenir au réel à un moment où les recherches de Pablo Picasso et de Georges Braque autour du cubisme analytique pouvaient tourner à l’hermétisme. En introduisant la toile cirée dans le tableau, l’artiste questionne l’acte de représenter. Il interroge aussi le rapport entre art et réalité, avec ambiguïté puisque la toile cirée n’est pas la chaise mais un trompe-l’œil de cannage réalisé de façon mécanique.
La nature morte est composée d’objets communs, vocabulaire habituel pour ce sujet que sont le citron, le verre, la pipe, le couteau, la coquille Saint-Jacques et puis, les lettres JOU inscrites au pochoir JOU et pouvant signifier « jouer » ou « journal ».  L’ensemble est inscrit dans une forme ovale soulignée par un faux cadre en corde qui évoque, toujours avec ambiguïté, le pourtour de la table de bistrot et qui emmène le tableau vers l’objet.

« La Vie » représente une somme de peintures

Le 16 octobre 2014, catégorie : Non classé.

Cliché réflectographie Infrarouge des « Toits de Barcelone »

Cliché réflectographie Infrarouge des « Toits de Barcelone »

Dans Les toits de Barcelone, surprennent les traits de couleurs vives qui émergent de la couche sous-jacente. Des vestiges chromatiques similaires apparaissent aussi dans certaines zones de La Vie , visibles dans la zone correspondant au tableau inférieur qui cache l’homme ailé. Dans « Les toits de Barcelone », on remarque les traces de la spatule utilisée pour retirer la couleur fraîche, processus peu habituel chez un artiste qui ne montra jamais la moindre difficulté pour tirer parti du fonds coloré de ses compositions antérieures. Ces mêmes traces, qui ont été trouvées aussi dans « La Vie » et dans d’autres œuvres contemporaines analysées, semblent montrer l’urgence de continuer le travail ou le manque de toiles propres et sèches pour peindre.

La période bleue est un moment d’introspection et de dialogue créatif pour Picasso qui généra une vaste documentation préalable, ou peut-être parallèle, au processus créatif, comparable avec celle créée par la suite dans d’autres de ses moments phares. D’autres œuvres furent ainsi le résultat d’un processus de genèse laborieux et médité, comme le Portrait de Gertrude Stein (1905-1906)  ou Les Demoiselles d’Avignon (1907). En marge des circonstances connues du manque de moyens ou d’atelier propre à Paris, la profusion de dessins sur « La Vie » montre un long processus qui souligne l’envergure du moment créatif. C’est un acte de travail persévérant qui dépasse la simple théorie de l’économie de ressources matérielles.

À côté de ces études sur papier, Picasso produisit une vaste collection de toiles inachevées habitées par divers personnages. Nous savons aujourd’hui, après analyse, qu’ils furent peints à l’origine avec des couleurs vives et contrastées et tracées avec du bleu intense. Pablo Picasso modifia les scènes par la suite, en éliminant ou en ajoutant des figures dans une monochromie bleue qu’il compléta avec des touches ponctuelles de rouge ou blanc violent, comme dans la « Maternité au bord de la mer ». Ces personnages disparaîtront de son imaginaire et son univers pictural s’éteindra peu à peu jusqu’à l’émergence de la figure du défunt Casagemas. À la différence des œuvres d’adolescence dans lesquelles Picasso utilisait les bases de couleur de ses compositions antérieures, l’artiste tire maintenant aussi parti des formes qui lui suggèrent de nouveaux motifs. Avec chaque nouvelle application de couleur, Picasso élimine seulement partiellement l’existant et tire parti des couleurs, des textures et des silhouettes de la couche ou des couches sous-jacentes. Lire l’étude de Reyes Jiménez

La naissance du musée Picasso d’Antibes

Le 15 octobre 2014, catégorie : Les personnalités, Petites histoires.

Pablo Picasso : Le pécheur attablé, 1946. Musée Picasso, Antibes.

Pablo Picasso : Le pécheur attablé, 1946. Musée Picasso, Antibes.

En août 1946, Pablo Picasso réside, avec sa jeune compagne Françoise Gilot, chez l’imprimeur Louis Fort sur le port de Golfe-Juan. A ce moment-là, Romuald Dor de la Souchère, le conservateur du musée Grimaldi à Antibes, avait en pension le sculpteur et photographe Michel Sima qu’il avait recueilli à son retour de trois années de déportation à Auschwitz. Apprenant la présence de Picasso à Golfe-Juan, Sima propose à Dor de la Souchère de négocier auprès du grand artiste un don au musée d’Antibes. Une entrevue fut donc arrangée sur la plage, qui n’aboutit pas à un don, l’artiste éludant le sujet. « La conversation dévia sur la peinture, comme il était naturel, et Picasso me fit part d’une déception qui est celle de tout peintre : « J’ai toujours souhaité qu’on me donne de grandes surfaces à décorer et jamais l’Etat ne m’en a donné ». » Ce que l’Etat lui refusait, une petite ville de province allait enfin le lui offrir, par l’intermédiaire de Romuald Dor de la Souchère, cet homme à l’esprit si vif et au cœur si sensible aux artistes, qui saisit alors au bond cette chance unique de faire rentrer au château de la Belle au bois dormant le peintre de la modernité. En savoir plus sur la naissance du musée Picasso d’Antibes 

Les deux frères (1906) au musée Picasso Paris

Le 14 octobre 2014, catégorie : Le musée Picasso de Paris.

Pablo Picasso : Les deux frères, 1906. Musée Picasso Paris

Pablo Picasso : Les deux frères, 1906. Musée Picasso Paris

Gosol, c’est le petit village de Catalogne où Pablo Picasso s’est rendu avec sa compagne Fernande Olivier pour trouver un environnement capable de révolutionner sa vision. Et en effet, ce voyage permet d’aboutir le changement amorcé avec Les saltimbanques. L’instrument partiellement représenté à la gauche des Deux frères semble d’ailleurs un vestige symbolique de la période précédente. A Gosol, Pablo Picasso délaisse l’atmosphère mélancolique de la période bleue pour cette tendresse fraternelle représentée dans un style classicisant. Les corps nus, en position frontale, offrent désormais des volumes pleins et ronds qui préfigurent la stylisation propre à la sculpture archaïque et s’inscrivent dans de chaudes nuances d’ocres et de roses. Le propos classique, voire hellénisant, est souligné par l’écuelle et le pot de fleurs, éléments de nature morte qui sont aussi des motifs méditerranéens, une allusion claire à la vie simple et rustique que mène l’artiste durant cette période.