Le Blog Atmosphérique

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Retour sur le colloque « Picasso céramiste ? »

Le 26 août 2014, catégorie : Comprendre la peinture.

Pablo Picasso : Faunesse, 1948. Vase zoomorphe en terre cuite blanche. Collection particulière

Pablo Picasso : Faunesse, 1948. Vase zoomorphe en terre cuite blanche. Collection particulière

Bruno Gaudichon est conservateur en chef du patrimoine au musée de La Piscine Roubaix et co-commissaire de l’exposition « Picasso céramiste et la Méditerranée ». Le 24 mars dernier à Sèvres, Cité de la céramique, il est revenu sur le rapport singulier de Pablo Picasso avec les arts appliqués. « Pablo Picasso intervient sur les formes et les fonctions de l’objet avec une liberté toute nouvelle qui d’emblée le situe à part, a-t-il commencé. […] Sont alors réunis des gestes et des conventions qui tiennent de la gravure, de la sculpture et du modelage. Ces allers et retours iconoclastes donnent à l’expérience de la terre le rôle de stimulateur par une approche totalement décloisonnée de la création plastique. »
A travers la céramique, Pablo Picasso entend en effet s’affirmer comme un créateur provocateur a continué Bruno Gaudichon, s’appuyant sur les propos du journaliste et écrivain Pierre Daix : « J’avais l’impression que le travail de la céramique le passionnait parce qu’il le contraignait à imaginer plus totalement le résultat final, peindre en somme à l’aveugle […] Avec cet enjeu exaltant que, lorsqu’il voyait enfin le résultat, celui était réalisé hors de son contrôle et inratable. Et ces risques ne pouvaient manquer de le provoquer à une tension créatrice encore plus exigeante. » Comme d’autres intervenants du colloque, Bruno Gaudichon a insisté sur l’ambigüité construite par l’artiste qui « entretient toujours le doute et bouge les lignes traditionnelles de la hiérarchie des genres. Picasso se joue magnifiquement des codes pour étonner et bousculer, pour construire en fait un regard neuf sur ces questions que la tradition française aborde toujours avec difficulté. »
Ainsi, « les tomettes ne sont pas décorées par Picasso pour construire un décor de sol mais pour être transformées en véritables sculptures, notamment parce qu’il intervient sur le recto et le verso. », tandis que « la faunesse montre bien comment Pablo Picasso joue et se joue de ces références et de cette ambiguïté. L’anse circulaire maintenue sur le dos du personnage évoque évidemment un élément de céramique d’usage, le pichet, dont l’architecture n’est pas si éloignée de la construction générale de l’œuvre. Mais ici l’usage est précisément impossible puisque la pièce n’a pas d’ouverture et donc pas d’orifice verseur. » Retrouver l’intégralité de l’intervention 

Picasso et Céret

Le 21 août 2014, catégorie : Les expositions.

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A Céret, Picasso rejoint son ami Franck Haviland. Il s’installe à l’été 1911, d’abord à l’hôtel, puis à l’étage de la maison Delcros avec Fernande et Braque. Voici la maison Delcros cet été, on peut encore y louer des chambres.

On se souvient que Picasso avait fait une donation à la ville en 1953 des 29 coupelles tauromachiques qui font partie de la collection du musée d’art moderne , la 30e coupelle vient de rejoindre ses compagnes et on peut l’admirer dans le cadre de l’exposition Le peintre et l’arène, Art et tauromachie, de Goya à Barceló jusqu’au 12 octobre 2014. 

1901-1904, la métamorphose du processus pictural

Le 20 août 2014, catégorie : Comprendre la peinture.

Pablo Picasso : Nu féminin. Museo Picasso Barcelona

Pablo Picasso : Nu féminin. Museo Picasso Barcelona

En octobre 1900 Pablo Picasso visita pour la première fois la capitale française à l’occasion de l’exposition universelle de Paris où il présenta « Derniers instants », une peinture religieuse sur un thème mortuaire très liée à l’esthétique moderniste. Quel regard Picasso a-t-il jeté sur « Derniers instants » après la découverte de Paris ? Si nous connaissions la réponse, nous pourrions peut-être découvrir la raison pour laquelle il la recouvrit par la suite et réutilisa la toile pour la composition de « La Vie », au lieu de la garder dans sa collection personnelle comme il le fit avec de nombreuses autres toiles. La ville lui offrait la possibilité d’être pleinement contemporain.

Pendant sa deuxième visite, fin mai 1901, l’artiste affronta un nouveau défi, sans doute stimulé par l’exposition à la galerie Vollard, inaugurée le 24 juin 1901. Pour tenir son engagement, Picasso dut réaliser soixante-quatre peintures en à peine deux mois. Sa virtuosité technique lui permit d‘y parvenir en choisissant soigneusement les matériaux : économiques, faciles à transporter et surtout, au séchage rapide. C’est pour cette raison que le carton commercial sans aucune préparation fut son support principal. De plus, la tonalité chaude du carton, lui donnait une nuance de base ou demi-teinte avec laquelle il pouvait économiser de la peinture et du temps. Parmi les œuvres invendues, beaucoup furent recouvertes par des peintures postérieures. Or, la symphonie chromatique avec laquelle Picasso composa sa palette allait être éphémère. À peine terminé l’été de 1901, il commença une production de caractère intimiste caractérisée par la monochromie bleue.

La transformation ne fut pas immédiate. Des peintures telles que « La femme à la coiffe » correspondent à une palette toujours très colorée, en dépit d’une présence significative du bleu, surtout dans le trait qui entoure le visage. Le changement fut progressif comme le démontrent les nombreuses œuvres sous-jacentes découvertes, élaborées avec des couleurs vives, tentatives dans lesquelles Picasso cherchait à renforcer la ligne et les volumes en ajoutant une patine de transparences bleues à ses scènes. Picasso remplaça parfois les fonds lumineux blancs ou clairs par du papier vernis bleu et même par des papiers teints. La figure humaine acquiert une importance notable avec la présence récurrente de couples et de figures isolées, dépouillés de tout artifice. Dans ce voyage d’introspection dans la figure humaine, avec le dessin comme exercice de réflexion, Picasso réalisa quelques grandes compositions chargées de symbolisme. Ce périple se conclut avec la grande composition de cette période, « La Vie ». >> Lire l’étude de Reyes Jiménez  

 

Les Picasso de Picasso

Le 30 juillet 2014, catégorie : Le musée Picasso de Paris.

Le musée Picasso à Paris L’existence d’une collection aussi riche que celle du musée Picasso à Paris a été rendue possible grâce à la création en 1968 par André Malraux du principe de la dation. En 1979, les héritiers de Pablo Picasso règlent ainsi leurs droits de succession par une dation– qui a d’ailleurs été créée pour eux –et qui permet de faire entrer dans les collections de l’Etat les « Picasso de Picasso», ces œuvres que l’artiste avait conservées tout au long de sa vie. L’Etat crée ainsi ex nihilo un grand musée monographique dédié à la vie et à l’œuvre de Picasso.
Le 25 octobre, le musée Picasso à Paris présentera sur 5 niveaux, 500 œuvres sélectionnées dans une collection riche de près de 5 000 pièces. C’est un fond exceptionnel qui comprend, « les Picasso de Picasso » qui ont constitué la première dation effectuée en paiement des droits de succession de l’artiste, la collection particulière de Pablo Picasso que l’artiste avait donné à l’Etat en 1973 enrichie par ses héritiers en 1978, d’importants legs, dations ou donations des amis et proches de Picasso dans les années 80, et de la dation consentie par les héritiers de Jacqueline Picasso en 1990, et bien sûr les acquisitions réalisées par le musée depuis 1985, sans oublier la donation par les héritiers d’une centaine de milliers de documents d’archives personnelles de l’artiste en 1992.